dimanche 16 septembre 2007

La dernière maison sur la gauche






La dernière maison sur la gauche.
(The Last House on The Left)
USA-1972.
Réalisation, scénario, montage : Wes Craven.
Interprètes : David Hess, Lucy Grantham, Sandra Cassel, Marc Scheffler, Ada Washington, Fred J. Lincoln.
Images : Victor Hurwitz.
Musique : David Alexander Hess.
Production :Sean S. Cunningham Films Ltd.
Durée : 82 minutes.

Synopsis : Mary Collinwood et son ami Phyllis Stone s’en vont à un concert. Mais voilà sur leur route elle croise Krug et sa drôle de famille. L’horreur la plus abjecte peut commencer…



Il est ainsi quelques réalisateurs, franc tireurs, marchant en parallèle au système qui ne craignent rien ni personne, prêt à aller là ou aucun autre n’ose s’aventurer, qui décident d’aller jusqu’au bout du cauchemar, ce même cauchemar que nous essayons tant bien que mal d’occulter chaque jour mais qui est pourtant là, bien présent, au quotidien oserais-je dire. Des réalisateurs qui nous rappellent que ce que nous appelons couramment horreur, fantastique ou gore, n’est pas uniquement un genre qui sert à faire frissonner lors de soirées pop corn (quoique je n’ai rien contre et je dirais même que j’en raffole !!), ni un simple spectacle pervers et obscène. Non, parfois il s’agit de bien plus que cela et là ou la critique crie au scandale, il nous faut voire une œuvre à part entière.

C’est le cas de La dernière maison sur la gauche, sortie en 1972. Wes Craven fait partie de ces réalisateurs qui tentent, qui osent et cela dans au moins deux de ces films, à mon avis les plus remarquables de sa longue filmographie et même de l’histoire du cinéma en général. Ces deux films sont pour moi La dernière maison sur la gauche et La colline à des yeux (là, tout est dans le titre et surtout zapper le remake d’Alexandre Aja !).

Craven, tout au long de sa carrière n’a toujours en faîtes que filmé la réalité la plus abrupt, même dans Freddy ou le fantastique n’est qu’un prétexte, la déclinaison du conte et des archétypes Jungien (en un mot un méchant loup et de pauvres jeunes filles, la base de tout, pour vous simplifier la chose). Car le sujet de Craven n’a toujours était que sociologique…La base de la plupart de ces films, du moins de ces plus réussies encore une fois, c’est la famille et plus particulièrement la destruction de cette cellule familiale et le mirage qu’elle nous propose. L’œuvre de Craven jette un regard sur l’une des unités les plus minimale de la société, le cocon familiale donc, et montre combien celui-ci n’est que poussière et combien la plupart du temps l’individus est bien plus animal que ce qu’il le croit avec la cruauté en plus (à ce sujet La colline a des yeux est son film le plus réussit et cet aspect est malheureusement complètement effacé par Aja). Le fameux cerveau reptilien est l’essence même du film d’horreur et plus particulièrement du slasher, c'est-à-dire du film ou le héros n’a qu’un seul but : sa survie coûte que coûte face au « croque mitaine » que celui-ci s’appelle Freddy, Jason ou Myers. La question est toujours de savoir contre quoi on lutte et non pourquoi. Craven déclinera d’ailleurs ce thème dans l’une de ces œuvres les plus marquants, qui relancera le goût pour ce genre de film auprès de la jeune génération : Scream (on notera encore une fois la force des titres chez ce réalisateur !). Dans Scream donc, Sidney (la fabuleuse Neve Campbell !!), doit survivre face à un Slasher portant le masque de l’angoisse (référence à Munch et génie de la mise en scène plastique) tout en évoluant au sein d’une famille qui n’en est pas vraiment une, puisque la mère est absente, morte et qu'elle n’était d’ailleurs pas forcement fréquentable de son vivant. Et tout le film peut se résumer à cette sombre histoire de famille…J’y reviendrai plus tard. On retrouve aussi ce thème dans Freddy premier du nom…
Mais la première héroïne cravienne (voici un jolie néologisme n’est ce pas…Mais avec ce réalisateur on est presque obligé !!) est Mary Colinwood (Sandra Cassel Lincoln) et elle rencontre le premier vrai méchant cravien, dénommé Krug.

Mary est une jeune fille « bien », tout ce qu’il y a de plus normal, un père, une mère, un chien, une grande maison etc…C’est son anniversaire, Mary va devenir une femme, elle va changer, évoluer…Les images de Craven sont d’ailleurs à ce niveau plus qu’éloquentes, le film s’ouvrant sur une nature et ces arbres aux couleurs automnales. Alors que Mary atteint le printemps, la fleur de l’âge, à l’écran les feuilles tombent et la nature se prépare au grand sommeil ! Dès les premiers plans, c’est tout le génie de Craven qui explose, toute la symbolique du décalage, les jeux troublants des oppositions c’est à dire tout le système sur lequel est bâtie La dernière maison sur la gauche. Plan troublé, pudique de Mary sous la douche, vue ou plutôt non vue, à travers un rideau de douche, reflet dans l’eau des sous bois...On comprend ici la mise en parallèle…

Musique country, allusion au Leaving Theatre et à toutes les illusions (j’insiste volontairement sur le mot !) des années 60’s. Bien sur Mary est dans l‘air du temps et elle s’en va avec sa meilleur amie à une de ces représentations à la mode à l’époque et ce contre l’avis de ces parents qui viennent tout de même de lui offrir un pendentif Peace And Love. Conflits des générations, décalage de l’âge, premier acte de la « décomposition » de la cellule familiale ! Il faut bien que jeunesse se fasse. Génie encore de l’écriture chez Craven, puisque tout cela est dit en l’espace d’à peine dix minutes et tout passe par l’image en un minimum de dialogues…
Mais, encore une fois, La dernière maison sur la gauche a aussi tout d’un conte. Les jeunes filles, les sous bois et le vilain loup. Ne reste plus qu’à trouver la morale !!
Comme dans un conte, disais-je, Mary Collinwood (noté le choix du nom et du prénom !) descends dans les bas quartiers pour y trouver bien malgré elle le loup. Décalage à nouveau entre la vie de Mary, sa grande maison et tout le reste et ce genre de quartier…Ce loup que croisent les deux jeunes filles se nomme Krug, c’est le visage de l’horreur qui apparaît. Chez Craven il semblerait presque qu’il n’est qu’un seul nom, Krug qui devient plus tard Krueger…Il faut s’arrêter quelque temps sur l’évolution de ce personnage. Figure humaine dans La dernière maison sur la gauche, brûlé et écorché vif dans la saga Freddy pour devenir un « hybride » dans Scream car à la fois masque et humain, doublement humain (ou monstre c’est au choix) car derrière ce masque ce cache deux personnes !

Mais ici, le visage de l’horreur est humain trop humain…Je vous l’ai dit plus haut, Craven livre un film diablement réaliste ce qui renforce la cruauté de ce métrage. La suite est bien connue, les deux jeunes filles vont être violées et torturées. C’est d’ailleurs en partie ce qu’en a retenus la critique de l’époque, un vulgaire film pervers, à sensation forte, pour malade mental. Un simple Rape and Revenge (tu me violes je me venge)…Je ne suis pas très connaisseur du genre et je crois qu’en dehors du pendable I spit on your grave, je n’en ai pas vu d’autre…A moins que l’on considère Le vieux fusil comme un Rape and Revenge…
Viol et vengeance donc, un film qui nous met à la place du voyeur, qui nous oblige la vision frontale de l’horreur…Mais là ou par exemple un film comme I spit on your grave justement, adopte le blabla linéaire, la vison violente et voyeuriste, Craven transcende le genre et énième coup de génie va bien plus loin !
Ce coup de génie c’est l’opposition, la confrontation de deux univers, par l’utilisation du montage et plus particulièrement du montage en parallèle. Pour faire simple deux actions en lieux différents mais se passant en même temps son montrées successivement à l’écran. Ici en l’occurrence, toujours dans le souci d’aborder la cellule familiale, Craven oppose dans un montage parallèle, la famille Krug et la famille Collinwood. Ainsi, alors que les parents de Mary préparent innocemment son anniversaire, leur fille se fait violer. La famille ne protége de rien ! Subtilité de Craven, qui a défaut de grand moyen utilise toutes les ressources du cinéma pour faire de La dernière maison sur la gauche un superbe film.

Opposition donc de deux familles. L’une aisée, riche etc…L’autre vivant dans un tout petit appartement, baisant les uns devant les autres, on serait même en droit de se poser la question de la consanguinité, buvant etc…Vous voyez le tableau…Deux types de familles mais aucune n’est mieux que l’autre…Il n’y a rien de bon dans le monde de Craven, rejetant à la fois le mode de vie 60’s (hippie on va dire) et à la fois le mode de vie bourgeois (il s’agit là d’un raccourcit et j’espère que l’idée est malgré tout comprise !)…Avec Craven, tout est foutue. Car répondant au schéma Rape and Revenge, après le viol vient la vengeance. Et là se sont les parents de la pauvre petite Mary qui font preuve d’une ingéniosité animal pour venger leur fille, cruauté qui ne vaut pas mieux que c’elle de la famille Krug …Cette petite famille bourgeoise bien pensante se montre violente, la femme sait comment attirer les hommes (et vas y que je te la bouffe au bord de la piscine !!) et lui brave médecin des familles sait créer des piéges, pareilles à ceux que la jeunesse américaine devait poser et subir à la même époque au Vietnam…On comprend maintenant toute la grandeur du film de Craven…Engagé, dénonciateur et d’un pessimisme ! L’homme ne vaut guère mieux qu’un animal, l’homme est un loup pour l’homme et le réalisateur renvoie du même coup dos à dos l’américain et le vietminh, le truand et le juge, le coupable et la victime ! En écorchant la cellule familiale c’est tout un système qu’attaque Craven et tout le reste qui s’effondre.

Mais Craven surenchérit dans le troublant quand il injecte dans l’inhumanité de l’humanité…Plan sublime, mais atroce, ou Mary vient de se faire violer et instinctivement, elle avance alors, de dos, dans l’eau d’une petite mare (importance de l’eau bien sur à la fois baptême, lavement, et aussi référence au film La source de Bergman, dont la dernière maison sur la gauche se veut être un remake)…Plan suivant, serré, les visages des tortionnaires, avec entre autre Krug qui se tord les mains ensanglantés, presque gêné et choqué par ce qu’il vient de faire. Seul moment de fausse humanité dans le film et il vient du côté le plus sombre…
Et que dire des flics, rôles pas si secondaires que ça, traités comme des sortes de Laurel et Hardy, idiots, incapables de ne rien faire ! Il faut les voire au milieu des poulets sur cette route de campagne pas si tranquille ! Ridicule !

Craven livre donc là, à mon humble avis, un très grand film, une œuvre totale qu’il serait bien trop facile de cataloguer en simple film choque. D’autant plus que les images sont superbes, réalisait avec peu de moyen (certains acteurs viennent du porno et la production est de Sean S Cunningham futur réalisateur de Vendredi 13 à l’époque spécialisé dans le porno !) mais qui s’est être sacrément convaincant.
Certaines images malgré tout sont d’une pure beauté…Et qu’elles sont ces images ? C’elle de la nature qui continue son cycle comme si de rien n’était, ce foutant bien de l’humanité, ou plutôt de la non humanité qui la traverse, la foule et la souille !
Il n’y a que dans La colline à des yeux que Craven ira aussi loin avec cette famille déracinée avançant avec sa caravane dans un désert troublé par les expériences nucléaires …Je reviendrais sur ce film un peu après. Laissons nous déjà le temps de nous remettre de la dernière maison sur la gauche.






Prochainement : Blood Feast et 2000 Maniacs ou quand le gore fait son entré au cinéma...Ou presque...

En guise d'introduction...


Le cinéma est par essence magique.

Dans la salle, le noir complet.
Puis d'un coup, sur l'écran, qui quelques minutes plus tôt était d’une blancheur cadavérique, voilà que maintenant s'animent des vies, des amours, des pleurs, des cris et tout un tas d'autres petites choses, des gens que l'on rencontre puis que l'on quitte , des salauds que l'on insulte, des filles que l'on aime, juste un temps, le temps d'un film...Il faut combien de film pour faire toute une vie? Difficile à dire mais peut être pas tant que ça...
Des visages et des figures, des lumières et des ombres, des musiques et des silences…Le cinématographe, ou l’art d’écrire en image, de raconter au de là des mots…
Alors chacun repart dans son cœur avec des histoires parfois sublimes ou d’autres fois à vous filer la nausée mais jamais inutiles…Très certainement car ce qui est fait devait être fait, ce qui devait être dit est dit...
Un film c’est toute une petite ville qui s’active devant nous, des scénaristes, des chefs opérateurs, des électriciens pour que brillent des sourires et des pleurs… Pour que Madame Deneuve soit eternellement jeune, pour que Marylin ne parte jamais, pour que AlPacino vous souris enfin...
Je n'arriverais jamais à dire tout le respect que j’ai pour le cinéma…Mettre en mot ce que l’on voit et même ce que l’on « ressent à voire » n’est pas chose facile…Comment vous raconter la première fois que je suis rentré dans une salle obscure…Comment vous dire ces choses là !! Comment vous dire que le cinoche m'a sauvé la vie un certain soir de Juin...

Difficile et pourtant c’est ce que je vais tenté de faire ici avec quelques critiques et pensées sur des films...En toute simplicité bien sur...

Mes goûts vont plutôt vers le cinéma fantastique, horrifique, voire gore ! Vous voilà prévenus…
Cependant dans mon imaginaire (et dans mes amours de cinéphile!!) Godard côtoie Romero, Resnais côtoie Dario Argento, Truffaut côtoie Mario Bava etc…Tout ça pour vous dire que j’aime le cinéma au sens large et plus particulièrement le cinéma dit de genre…Ce qui ne veut pas dire grand-chose en soit…Polar, Giallo, Bis et consort… Bref tout ce que j'aime...
On catalogue certains réalisateurs d’intello chiant (ce qu’ils sont sans doute) alors qu’il faudrait parfois se laisser aller à les regarder juste comme ça et l’on en catalogue d’autre de "populaires" avec tout ce qu'il y a de péjoratif dans la bouche de cela, alors qu’ils ont parfois dit bien plus haut et bien plus fort ce que les biens pensant n’osent pas dire !

Alors voilà…Bienvenue sur mon petit "domaine" à moi, ou l’on parle de cinéma et plus particulièrement de cinéma de genre dans son acceptation la plus entière !
Bien à vous et en vous laissant le plaisir (ou le déplaisir) de la lecture !

PS : Je ne suis vraiment pas fort pour écrire un édito…
Alors, pour paraphraser, Jean Pierre Putters (à qui indirectement je dois beaucoup) : Voici La Camera Obscura, pas de grandes phrases pour la présenter, parce que demain je serais peut être mort !! Et si ça c’est pas un sens de l’humour macabre…
La photo est extraite du film Cinema Paradiso (Film de Giusseppe Tornatore-1989)